Nicolas Floc'h

La couleur de l’eau

2016 - en cours

Depuis 2014, Nicolas Floc’h et artconnexion mettent en place des projets sur le milieu marin. Le projet La couleur de l’eau a été initié dans le cadre de leur programme Les travailleurs de la mer, associant scientifiques et artistes à la Station Marine de Wimereux avec le soutien de la Fondation Daniel et Nina Carasso.

Hubert Loisel (chercheur) et Nicolas Floc’h ont amorcé un travail autour de la couleur de l'eau qui permet de comprendre et de caractériser, à grande échelle, les variations biologiques du milieu. Leurs collaborations régulières les ont conduits à se rendre au congrès Ocean Optics à Dubrovnik fin 2018.

Qu’est-ce qui incite cette communauté scientifique de plus de 500 chercheurs à se rassembler régulièrement autour de la question de la couleur ?
Les enjeux sont majeurs pour l’humanité. La couleur de l’eau est déterminée en grande partie par les phytoplanctons, premier maillon de la chaine alimentaire à la base du vivant, par les sédiments, les matières organiques et inorganiques dissoutes.

L’étude de la couleur de l’océan permet de comprendre et de caractériser les variations biologiques du milieu. Les modifications de la couleur de l’océan sont induites par les variations de concentrations des éléments optiquement significatifs des eaux de surface, et en premier lieu le phytoplancton, mais aussi les substances organiques dissoutes, et les particules minérales. À partir de la couleur, on peut donc déterminer la composition biogéochimique des eaux, ainsi que le type de phytoplancton présent. Le phytoplancton n’est pas seulement vital pour les espèces marines mais également pour l’ensemble des espèces de la planète. Il joue un rôle essentiel dans la régulation du climat, l’absorption et le stockage du CO2 et la production d’oxygène. L’océan à lui seul assimile 25% du CO2 et produit plus de la moitié de l’oxygène, il est le régulateur de l’équilibre planétaire, en interaction permanente avec la terre, les glaces et l’atmosphère. Mais cet équilibre repose en partie sur ce qui produit la couleur, c’est-à-dire le vivant dans l’océan.

Scientifiquement, le projet met en parallèle des mesures radiométriques avec des photos, en lumière naturelle et polarisée tout au long de la colonne d’eau, combinaison inédite, et cela en différentes régions du monde, sur de larges gammes d’environnements marins. Actuellement les mesures en polarisation de la couleur de l’océan n’ont été abordées qu’à partir d’approche théoriques ou de mesures radiométriques in situ (Marshall and R. C. Smith, 1990 ; Kattawar, He et al., 2014 ; Chowdhary et al., 2006). La première, et unique étude montrant qu’il est possible de détecter le signal marin polarisé à partir de l’espace a été publiée par Loisel et al. (2008), l’un des participants au projet. S’il est admis que de telles mesures en polarisation sont utiles scientifiquement, car elles permettent d’extraire des informations sur la nature chimique et la taille des particules en suspension (phytoplancton, particules minérales, etc.), il est nécessaire de poursuivre de telles études et de communiquer au mieux vers la communauté scientifique de leur importance.

Artistiquement, c’est une représentation picturale de l’océan et du vivant qui le compose. Un champ en fleur tel que les impressionnistes ont pu le représenter, devient sous l’eau un monochrome vert, bleu ou jaune. Cette vision nous renvoie ainsi à l’histoire de la peinture, de l’art et notamment à celle allant du monochrome aux installations immersives, d’Yves Klein jusqu’à James Turrell ou Ann Veronica Janssens. La couleur de l’eau n’est pas ici une limite dans la représentation du paysage sous-marin, elle en constitue la complexité, la richesse et la spécificité. La dimension picturale immersive du milieu marin, la capacité d’apparente abstraction offerte par le milieu en fait un espace complexe d’exploration, à différentes échelles, de la couleur, de la lumière et du vivant qui la compose…

Les prises de vue dans les masses d’eau de la couleur et de ses variations sont réalisées en fonction de la profondeur et de l’éloignement par rapport à la côte. La double prise de vue permet d’avoir une image complémentaire de celle fournie par les satellites et depuis l’intérieur des masses d’eau.

A partir de différents bateaux, en plongeant deux appareils photo dans la colonne d’eau, les prises de vues jusqu’à 100 m de profondeur sont réalisées par Nicolas Floc’h ou déléguées à des équipes partenaires. Les photographies se font à intervalles réguliers dans la colonne d’eau, à différentes profondeurs, de manière verticale et en s’éloignant vers le large. La mosaïque d’images obtenue forme une coupe dans les masses d’eau montrant un double dégradé, l’un vers l’ombre et les profondeurs, l’autre vers le bleu et donc le large.

Les séries d’images produites entre 2015 et 2019 montrent principalement des images isolées de la couleur de l’eau prisent dans différentes mers et océans. Les séries à partir de l’été 2019 issues de ce projet seront composées essentiellement d’ensemble d’images comme celle présentés dans le cadre de l'exposition Paysages productifs de Nicolas Floc'h au FRAC PACA en 2020. En complément de leur destination artistique les images seront un sujet d’analyse scientifique pour l’étude de la couleur de l’océan.