contemporary art production and mediation consultants / agence de production et de médiation d'art contemporain
Mardi 12. Décembre - depuis 1994 / Tuesday December 12 - since 1994
Rechercher un projet ou un artiste ici.
Projets de 1994 à aujourd'hui.
Find your art or artist here.
Look for projects from 1994 up to now.

Gilbert Boyer / Ange interdit

| Print |

boyer gilbert, ange interdir, 1996 © Laurent Tixador

Installation du 20 octobre au 30 novembre 1996

Il s’agit d’une centaine de cadenas gravés accrochés sur les éléments du mobilier urbain destinés à empêcher les piétons de traverser hors des passages dits protégés. La gravure est toujours composée de deux mots disposés sur deux lignes : le mot rien mais barré, rien, et au-dessous un verbe. Le mot "cadenas" provient, d’après le dictionnaire historique de la langue française, de catena qui signifie chaîne en latin. La liste des verbes gravés sur les cadenas compose elle aussi une chaîne. Une chaîne est destinée à empêcher l’accès, comme les barrières ; empêcher l’accès, mais à quoi ?

Le dictionnaire cite aussi l’expression “mettre un cadenas à quelqu’un” pour dire “empêcher quelqu’un de parler”. Le cadenas s’oppose à la liberté, la première liberté, celle d’aller et venir ; mais suggérerait aussi, comme  on l’a vu, une autre  liberté d’importance, la liberté d’expression. C’est ainsi que se rejoignent l’objet (le cadenas) et la parole (la gravure), les cadenas et les verbes qu’ils portent. Les verbes en question, à de rares exceptions près, des verbes d’action, comme aller et venir, sont autant de facettes du Verbe.

Le cadenas qui n’est que le support du verbe, ne ferme rien, ne clôt rien, ne protège que lui-même. De même, le verbe ne désigne une action que pour elle-même, sans contexte particulier, il énonce une faculté, il dit la liberté pour elle-même, dans toute sa puissance, celle qui appelle le désir de faire, de voir, d’aimer, de rire, d’écouter, de donner, de prendre, le désir cent fois manifesté par cent verbes, interdit à certains, oublié par d’autres, mais toujours  possible, toujours nécessaire pour que la vie soit la vie.

Cent verbes, mais sur chaque cadenas un seul mot : pas de texte, pas de phrase, d’aphorisme, de truisme, de proverbe, comme on a pu le voir chez d’autres artistes ; pas même une opposition de deux substantifs, pas de nom (nommer est aussi désirer), mais seul un verbe, à l’infinitif, cent fois, pour accumuler, non l’état, mais l’acte en train d’être fait, voler.

Les cadenas que Gilbert Boyer offre aux mains et aux yeux des passants, n’appellent pas la contemplation, comme une icône ; ils invitent à regarder en marchant, en mémorisant, la liste des verbes n’est pas donnée, elle se constitue au fur et à mesure. Et, l’expression “poésie urbaine” qu’utilise l’artiste/auteur est appropriée : l’espace entre les verbes est rythme, et le rythme de la marche se poursuit dans une musique intérieure, en même temps que l’addition des verbes  dessine peu à peu un paysage mental.

La poésie, si elle est accessible à tous, n’est pas visible à tous ; comme ces cadenas ne l’étaient pas à tous ceux qui, quotidiennement, sont passés à côté ; comme ces cent mots, ces cent verbes, ces cent fleurs qui n’ont été  lus que par quelques uns.

Les cadenas sont fermés et ne ferment rien, la poésie est libre et n’est pas prise. La poésie est ouverte, chacun peut l’interpréter ; les cadenas sont fermés mais tous ensemble ils restent eux aussi ouverts aux passants, à ceux d’entre eux qui veulent dialoguer avec la proposition, à ceux qui veulent “réfléchir” les verbes.

L’urbanité est en jeu, avec ce qui est offert, simultanément invitation à engager un dialogue et impossibilité de le faire ; la place de la Gare est un lieu d’échange par excellence mais pas un lieu de dialogue ; c’est un lieu de circulation, on prend le train, on entre en ville, on est en transit. La place de la Gare n’est pas une salle des pas perdus, mais un carrefour que l’on traverse, un lieu de passage, un lieu entre deux destinations.

Y aurait-il un rapport avec ce rien barré qui se lit avant chaque verbe ? Il indique une double négation, comme si Boyer  avait  voulu  insister ; l’invitation, l’appel au désir de ces verbes, n’est pas de faire, mais de ne pas rien faire, ne pas rien désirer, ne pas rien aimer, ne pas  rien entendre

Denis-Laurent Bouyer

 

Partenaires
Avec le soutien de la DRAC - Ministère de la culture, du Conseil régional du Nord-Pas de Calais, du Conseil général du Nord, de la Délégation régionale du Québec et des Services culturels de l’Ambassade du Canada.

 

'Around the Place de la Gare de Lille Gilbert Boyer used a hundred engraved padlocks which he attached to the street furniture intented to prevent people from crossing the road except on supposedly safe pedestrian crossings. The engraving always consists of two words arranged on two lines: the word rien (nothing) crossed through, and below it a verb. According to the historical dictionnary of the French language the French word for padlock (cadenas) is derived from catena, which in Latin means "chain". The list of the verbs engraved on the padlocks also forms a chain. A chain can be intended to prevent access- but prevent access to what?

(...) The padlocks Gilbert Boyer offers to the hands and eyes of passers-by do not turn their thoughts to comtemplation , as an icon does; they invite them to look as they walk along, memorising as they do  so, they since the list of verbs is constitued as they pass. And the expression "urban poetry" used by the artist/author is appropriate: the space between the verbs is rhythm, and the rhythm of walking carries on in an internal music, at the same time as the sum total of the verbs gradually draws a mental landscape.

Denis-Laurent Bouyer

9 rue du Cirque, 59000 Lille, France
+33 (0)3 20 21 10 51
artconnexion@nordnet.fr

artconnexion is supported by / artconnexion bénéficie du soutien de:
Ville de Lille, Conseil Régional Nord-Pas de Calais, Drac Nord-Pas de Calais - Ministère de la culture, Culturesfrance, Fondation de France.

logo Ce site internet a été réalisé grâce au soutien du Conseil Régional Nord-Pas de Calais dans le cadre de la Coopération Culturelle Interrégionale et Internationale. Il est soutenu par l'Union Européenne à travers le programme Interreg IVa, projet face2face.

artconnextion_quotes_7.png